Nº3 : L'araignée

« Je m’essaie à la poésie, à l’écriture, aux arts, enfin à toutes ces choses de l’esprit offrant, sans rien d’autre que mon corps et mon amour infini, une échappatoire à la vie véreuse, subie, faite de mort, comme le bourreau souriant à la destruction qu’il engendre à chaque seconde et en chaque espace. Un dieu cruel, omniscient et omnipotent, au regard de notre petitesse, isolé·es que nous sommes les un·es des autres, de nos voisin·es, de nos ami·es, de nos semblables ; n’est-il pas lui-même seul ? Main dans la main, nous résistons aux vents et aux armes ; il nous regarde, fier qu’il est de s’imaginer architecte et bienfaiteur, suçant nos vies comme nous léchons et portons ses pattes décorées d’esses envenimées. Notre solidarité nourrit l’araignée qui nous dévore. »

Le silence retomba. Le regard noir de Lise pénétrait l’obscurité de la forêt bien plus que la lumière du soleil. Un enfant posa une question sans que personne n’écoute ni ne réponde. Les gorges sèches ne faisaient aucun bruit. Lise rejoignit ses camarades, entraînant quelques feuilles d’automne dans le frottement de sa robe. Derrière elle, le vide, le silence, la mort, et cet homme nu pendu par le cou au chêne qui l’avait vu naître.