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    <title>Écrire et dormir</title>
    <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/</link>
    <description>Un blog de ce qui me passe par la tête. Parfois c&#39;est déprimant. Écrit et maintenu par @zonder_zon@eldritch.cafe </description>
    <pubDate>Wed, 09 Sep 2026 18:03:25 +0000</pubDate>
    <item>
      <title>Nº11 : Azraël</title>
      <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no11-azrael</link>
      <description>&lt;![CDATA[J’ouvre les yeux allongé dans mon lit. Un peu fatigué de la veille encore, il m’est d’autant plus difficile de me lever que la chaleur des draps m’enveloppe nu dans un confort onirique. Seul avec mes pensées, je m’imagine poser la dernière page de mon œuvre sur ce manuscrit sans fin. Le tissu léger glisse sur mon épaule, découvrant mon corps scarifié par des années de sacrifices et de dévotions. Un frisson me parcourt l’échine, et je décide de m’habiller. Le sol est agréable. Les rayons de soleil dansent doucement dans le patio. Il fait chaud. Je me drape dans un linge propre et m’approche de mon outil de travail. De torture peut-être. Je suis le seul à pouvoir le faire. Et le monde entier compte sur moi. Mon père aussi. Je lui dois tout. Je lui dois la vie.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;La pièce n’est pas très grande. Les distractions inexistantes. J’entre et la porte se ferme doucement derrière moi. Les pierres laissent passer quelques rayons de soleil qui illuminent la pièce avec délicatesse. Une chaise en bois m’attend. Elle fait face à un bureau en chêne doux au toucher. Coincé entre trois murs, il ne peut accueillir qu’une seule personne. Je m’assois dans un grincement de vieille librairie. Le parquet accompagne cette captivante mélodie, me rappelant insidieusement ma longue expérience à cette tâche infinie. Au début, le parquet ne craquait pas. Face à moi, le papier de la veille est resté là où je l’ai laissé. Une étagère me surplombe. Des milliers de feuilles vierges et de crayons de charbon noir attendent patiemment que j’en vienne à bout. Mon manuscrit est là, sur ma gauche. Comme chaque matin, j’entreprends de le relire. Comme chaque matin, je constate la pauvreté de mon intellect, la déception, mon manque de créativité et mon incapacité à écrire simplement. Comme chaque matin, je jette presque un pour-cent de mon travail. Comme chaque journée, je la passe à remplacer ce que j’ai détruit. En mieux. En plus long.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Je sors de ma vierge de fer et je titube de fatigue. Il fait nuit. J’ai faim. Je traîne ma pauvre âme jusqu’à la cuisine où des mets tous plus raffinés les uns que les autres m’attendent. Mais là, ce soir, je n’en peux plus. J’ingère un bout de pain, un peu d’eau, et je m’effondre sur mon lit propre. Aujourd’hui, pour la première fois, j’ai pris du retard. Je suis seul. Même le sommeil m’a abandonné. Mon travail est celui de milliers de générations. Je suis l’écrivain ultime. Celui qui a tout commencé, et celui qui écrira la dernière lettre. Tous ces noms, ces milliers de noms, ces milliards de noms, pourquoi ? La solitude me tue. J’ai beau être entouré de l’humanité tout entière, je suis seul dans ce lit, je suis seul dans cette pièce toxique, je suis seul dans ce satané paradis. Il n’y a personne pour m’aider, pour me parler ou pour me divertir. Toutes ces vies créées, toutes ces vies terminées. Ces gens heureux. Ces gens malheureux. Et moi je n’ai rien. Et je me dis : « À quoi bon ? »&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Je me réveille comme si je n’avais pas dormi. Les idées claires, mais fatigué. La solitude est terrible, mais c’est encore pire lorsqu’on croit l’avoir vaincu par le simple effort de l’esprit. Je me lève sans hésitation. Je traverse les tomettes chaudes de la cuisine. Je pousse la porte grinçante, et n&#39;entends même plus le bois mourant. Je m&#39;approche de ce bureau criminel. Et j&#39;efface mon nom.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>J’ouvre les yeux allongé dans mon lit. Un peu fatigué de la veille encore, il m’est d’autant plus difficile de me lever que la chaleur des draps m’enveloppe nu dans un confort onirique. Seul avec mes pensées, je m’imagine poser la dernière page de mon œuvre sur ce manuscrit sans fin. Le tissu léger glisse sur mon épaule, découvrant mon corps scarifié par des années de sacrifices et de dévotions. Un frisson me parcourt l’échine, et je décide de m’habiller. Le sol est agréable. Les rayons de soleil dansent doucement dans le patio. Il fait chaud. Je me drape dans un linge propre et m’approche de mon outil de travail. De torture peut-être. Je suis le seul à pouvoir le faire. Et le monde entier compte sur moi. Mon père aussi. Je lui dois tout. Je lui dois la vie.</p>

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<p>La pièce n’est pas très grande. Les distractions inexistantes. J’entre et la porte se ferme doucement derrière moi. Les pierres laissent passer quelques rayons de soleil qui illuminent la pièce avec délicatesse. Une chaise en bois m’attend. Elle fait face à un bureau en chêne doux au toucher. Coincé entre trois murs, il ne peut accueillir qu’une seule personne. Je m’assois dans un grincement de vieille librairie. Le parquet accompagne cette captivante mélodie, me rappelant insidieusement ma longue expérience à cette tâche infinie. Au début, le parquet ne craquait pas. Face à moi, le papier de la veille est resté là où je l’ai laissé. Une étagère me surplombe. Des milliers de feuilles vierges et de crayons de charbon noir attendent patiemment que j’en vienne à bout. Mon manuscrit est là, sur ma gauche. Comme chaque matin, j’entreprends de le relire. Comme chaque matin, je constate la pauvreté de mon intellect, la déception, mon manque de créativité et mon incapacité à écrire simplement. Comme chaque matin, je jette presque un pour-cent de mon travail. Comme chaque journée, je la passe à remplacer ce que j’ai détruit. En mieux. En plus long.</p>

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<p>Je sors de ma vierge de fer et je titube de fatigue. Il fait nuit. J’ai faim. Je traîne ma pauvre âme jusqu’à la cuisine où des mets tous plus raffinés les uns que les autres m’attendent. Mais là, ce soir, je n’en peux plus. J’ingère un bout de pain, un peu d’eau, et je m’effondre sur mon lit propre. Aujourd’hui, pour la première fois, j’ai pris du retard. Je suis seul. Même le sommeil m’a abandonné. Mon travail est celui de milliers de générations. Je suis l’écrivain ultime. Celui qui a tout commencé, et celui qui écrira la dernière lettre. Tous ces noms, ces milliers de noms, ces milliards de noms, pourquoi ? La solitude me tue. J’ai beau être entouré de l’humanité tout entière, je suis seul dans ce lit, je suis seul dans cette pièce toxique, je suis seul dans ce satané paradis. Il n’y a personne pour m’aider, pour me parler ou pour me divertir. Toutes ces vies créées, toutes ces vies terminées. Ces gens heureux. Ces gens malheureux. Et moi je n’ai rien. Et je me dis : « À quoi bon ? »</p>

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<p>Je me réveille comme si je n’avais pas dormi. Les idées claires, mais fatigué. La solitude est terrible, mais c’est encore pire lorsqu’on croit l’avoir vaincu par le simple effort de l’esprit. Je me lève sans hésitation. Je traverse les tomettes chaudes de la cuisine. Je pousse la porte grinçante, et n&#39;entends même plus le bois mourant. Je m&#39;approche de ce bureau criminel. Et j&#39;efface mon nom.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no11-azrael</guid>
      <pubDate>Thu, 30 Jul 2026 12:06:03 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Nº10 : Le canal </title>
      <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no10-le-canal</link>
      <description>&lt;![CDATA[J&#39;aime bien me promener le long du canal,&#xA;avec ma femme, ma fille, et toute mon âme.&#xA;Surplomber l&#39;eau silencieuse du matin.&#xA;Laissant filer le temps, les oies et les canards.&#xA;&#xA;Sur ce pont de pierre, drapé dans le brouillard,&#xA;intringué, je regardais... c&#39;est ça ! Une main !&#xA;Un bras, un corps, bien vivant, d&#39;une belle femme.&#xA;Elle nageait vers nous, avec douceur, sans mal.&#xA;&#xA;Je rêvassais, heureux, dans le froid hivernal.&#xA;Elle avait disparu, glissant comme une lame.&#xA;Ma fille s&#39;amusa : « Va-t-elle ressortir plus loin ?&#xA;— Après la voiture, traversons la rue. Courons voir ! »&#xA;&#xA;Est-elle ressortie, la dame ? Peut-être. Il est tard.&#xA;Aujourd&#39;hui, mon cœur se serre, comme le fait mon poing,&#xA;à chaque fois que je pense à cette petite dame.&#xA;Mais j&#39;aime toujours me promener le long du canal.&#xA;&#xA;Avec ma femme, et ce qu&#39;il reste de mon âme.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>J&#39;aime bien me promener le long du canal,
avec ma femme, ma fille, et toute mon âme.
Surplomber l&#39;eau silencieuse du matin.
Laissant filer le temps, les oies et les canards.</p>

<p>Sur ce pont de pierre, drapé dans le brouillard,
intringué, je regardais... c&#39;est ça ! Une main !
Un bras, un corps, bien vivant, d&#39;une belle femme.
Elle nageait vers nous, avec douceur, sans mal.</p>

<p>Je rêvassais, heureux, dans le froid hivernal.
Elle avait disparu, glissant comme une lame.
Ma fille s&#39;amusa : « Va-t-elle ressortir plus loin ?
— Après la voiture, traversons la rue. Courons voir ! »</p>

<p>Est-elle ressortie, la dame ? Peut-être. Il est tard.
Aujourd&#39;hui, mon cœur se serre, comme le fait mon poing,
à chaque fois que je pense à cette petite dame.
Mais j&#39;aime toujours me promener le long du canal.</p>

<p>Avec ma femme, et ce qu&#39;il reste de mon âme.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no10-le-canal</guid>
      <pubDate>Wed, 29 Jul 2026 13:41:46 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Nº9 : Le doudou d&#39;Oslo</title>
      <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no9-le-doudou-doslo</link>
      <description>&lt;![CDATA[---&#xA;⚠️ Ce texte contient de nombreuses références implicites et explicites à des actes de violences, notamment sexuelles, sur un jeune enfant ⚠️&#xA;---&#xA;&#xA;« C&#39;est l&#39;histoire d&#39;un petit enfant qui se balade dans la forêt à la recherche de son doudou. » Mani écoutait attentivement. Assise dans son lit, elle adorait les histoires de son père qu&#39;il inventait chaque soir sur le moment. Habillée d&#39;un simple pyjama, elle concentrait son regard sur l&#39;espace vide de la pièce comme pour ne pas perturber le seul sens vraiment utile. Le regard de celle qui écoute. Son père levait les yeux au ciel en recherche d’inspiration. La suite de l’histoire, il la connaissait, mais c’est autre chose qu’il voulait raconter. Un petit enfant à la recherche d’un doudou, que peut-il bien lui arriver ? Des intrusions traumatiques polluaient sa créativité et l’amenaient sur des terrains glissants, morbides et suicidaires. Il finissait toujours par trouver une suite. Un petit ajustement qui changeait le passé et rendait la vie plus belle. Moins réelle peut-être, aussi. Mani ne savait pas tout ça ; elle ne voyait que son père, le nez en l’air, à la recherche d’une millième histoire originale. Elle ne savait pas qu’il luttait chaque seconde pour rester en vie.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;C’était un homme tout à fait banal de l’extérieur. Aimable, serviable, toujours prêt à laisser sa place, joyeux, motivé, doué et combatif. Un type bien. Il se leva péniblement à 6h45, réveilla sa fille d’un chuchotement à l’oreille et d’un baiser sur la joue. Il prépara son repas du midi qu’elle devrait avaler en vitesse à l’école : deux petits sandwichs avec trois tranches de concombres, une tranche de tomate et deux morceaux de fromage, un peu d’eau et une banane. Après quelques minutes, Mani arriva enfin dans la cuisine pour déguster religieusement son petit déjeuner en compagnie de son père. Un peu de lait et des biscuits. Iels discutèrent de tout et de rien, de la vie, des belles choses comme des mauvaises, des rêves et des cauchemars. Rassasié·es, Mani traîna des pieds jusqu&#39;à sa chambre pour s’habiller, laissant à son père le temps de préparer ses affaires : son ordinateur, son téléphone, et ses clefs. Un type banal, pour une vie banale.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Mani aimait bien l’école. Son père l’y déposa en vélo à 8h15 précisément, comme chaque matin. Il salua l’institutrice qui répondit d’un sourire, vite interrompu par une bande de bambins de quatre à six ans à la recherche d’attention. C’était un endroit calme, où les enfants s’aimaient et jouaient ensemble. Mani pouvait vaquer à ses occupations sans contraintes, sans jugements ni reproches. Elle y allait de bon cœur. Elle était heureuse. Oui, Mani aimait bien l’école.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Quelques kilomètres plus tard, son père arriva enfin devant l’imposant bâtiment de verre et de béton où il attacha son vélo pour la journée. Il était 9h00. Il ouvra la porte coulissante d’un geste rapide, salua la réception et grimpa trois étages pour s’installer à son bureau. D’autres collègues arrivèrent quelques minutes plus tard, riant aux éclats, sûrement. Malgré le travail pénible et répétitif, la journée passa vite. Le repas ou les pauses café étaient des moments de repos appréciés, riches d’échanges avec des collègues, que d’aucuns pourraient considérer comme des ami·es. Peut-être. Iels discutaient, iels riaient. Iels étaient heureux·ses. C’était une bonne chose.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;17h00. Mani terminait l’école peu après le déjeuner, mais elle rejoignait un autre établissement pour jouer encore un peu avec ses ami·es jusqu’en fin de journée. Ce jour-là, son père arriva en sueur, épuisé par la route parcourue beaucoup trop vite pour que le vélo reste un moyen de transport sûr. Juste avant la fermeture, il récupéra sa fille et rentra doucement à la maison.&#xA;&#xA;    « Comment s’est passée ta journée ma chérie ?&#xA;    — Je veux pas te dire.&#xA;    — Oh. Il y a un problème ?&#xA;    — Non, mais j’aime pas Miko. Il est embêtant c’est un garçon.&#xA;    — Qu’est-ce qu’il fait d’embêtant ?&#xA;    — Il me tape. Les garçons tapent tout le temps. »&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;La maison était bien rangée, propre et sans âme. Mani n’aimait pas les maisons mortes, alors comme chaque soir, elle courut dans sa chambre pour sortir tout ce que ses bras menus pouvaient porter. Elle jeta tout dans le salon et couvrit le sol de pièces en bois, en plastique et en tissu. La maison prenait des couleurs partout où elle allait, et même si son père préférait pouvoir circuler sans encombre, il se ravissait du tableau coloré que le chaos de sa fille générait.&#xA;&#xA;    « Tu ne voudrais pas me parler un peu de Miko ma chérie ?&#xA;    — Je t’ai dit non.&#xA;    — Tu veux que j’en parle avec l’institutrice ?&#xA;    — Si tu veux. »&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Après le repas, Mani profita du temps qu&#39;elle avait pour jouer avec son père, avant de se préparer pour aller se coucher. Iels ne passaient pas beaucoup de temps ensemble. Quatre heures par jour tout au plus, en comptant le trajet en vélo, c’est peu.&#xA;&#xA;    « Donc je dis quoi à ton institutrice ? T’es d’accord pour que je lui dise que Miko n’est pas gentil et qu’il te tape ?&#xA;    — Le problème c’est pas Miko c’est les garçons papa.&#xA;    — D’accord. Je vais lui dire ça. Et à moi est-ce que tu peux me dire ce qu’ils font les garçons ?&#xA;    — Ils tapent, mais j’ai pas envie de t’en parler papa.&#xA;    — D&#39;accord. Tu sais quand on a un problème, la meilleure chose à faire c’est d’en parler, à moi ou à quelqu’un d’autre. Mais c’est important de prendre son temps. Quand tu seras prête.&#xA;    — Et toi papa ? Quand tu as des problèmes tu m’en parles ? »&#xA;&#xA;Bien sûr que non, pensa-t-il, avant de poursuivre :&#xA;&#xA;    « Oui, je te dis tout ma chérie.&#xA;    — Tu me racontes une histoire papa ?&#xA;    — Bien sûr. »&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;« C&#39;est l&#39;histoire d&#39;un petit enfant qui se balade dans la forêt à la recherche de son doudou. Oslo, c’est son nom, l’avait perdu un peu plus tôt dans la journée. Un joli lapin, usé par le temps et les intempéries, dont les perles noires des yeux avaient été remplacées par un bouton de chemise bleu d’un côté, et une simple croix d’une chute de fil rose de l’autre. Il savait où il se trouvait parce que toutes les semaines, son doudou filait à toute allure comme le bonhomme en pain d’épice de la chanson et se cachait dans la forêt. Alors il sortit sans un bruit de la maison, ouvrit délicatement la porte pour que son père ne l’entende pas, et partit entre les arbres. Il chercha, il chercha, et là ! Il est là ! Le doudou ! Quel petit coquin ce doudou. Heureusement qu’il l’a trouvé, il va bientôt pleuvoir. Il courut le chercher, le prit dans ses bras et lui fit un gros câlin. Lorsqu’il se retourna, il vit son père, droit debout, aux yeux profonds et aux sourcils cassés. Il le prit par le bras, fort, si fort qu’il tomba par terre. Mais Oslo tenait le doudou, il le tenait serré, serré contre lui, contre son cœur. Il le protégerait, oui il le protégerait. Oslo tentait de se remettre sur ses pieds pour pouvoir marcher et alléger la douleur sur son bras, mais son père était trop rapide, trop fort et trop violent. Il le ramena à la maison, en colère, et le jeta dans son lit. Feignant de se contenir, faussement dépassé par les évènements, dans un déchaînement fataliste, il lui dit : « Je t’ai déjà dit de ne pas partir tout seul ! Tu n’as pas le droit de partir tout seul ! Saloperie de môme ! ». Oslo pleurait. Il implorait « Papa s’il te plaît, ne fais pas mal à mon doudou papa ». La poigne sur son bras lui brulait la peau jusqu’à l’os. Il sentait la tension se propager jusqu’au coude, et craignait qu’un jour il ne casse. Il sentait son père le frapper, le toucher et le déshabiller. Il était nu. La violence devint inaudible. Invisible. Indicible. Il pensa à son coude qui le brulait, à son doudou qui pleurait, à ces adultes qui ne savaient pas et à ces adultes qui savaient. Il serra son doudou, bien fort contre sa peau en lui murmurant que tout ça serait bientôt fini. »&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Oslo luttait. Il se disait que sa fille n’était pas prête, mais sans doute savait-il qu’il ne l’était pas non plus. « Non ma fille, balbutia-t-il à son esprit traumatisé, je ne te dirai pas tout ». À voix haute, il entama une nouvelle fois la réécriture de sa vie, bercé dans un voile invisible de déni volontaire : « Miko, c’est son nom, avait perdu son doudou un peu plus tôt dans la journée. Un joli lapin, un peu usé par les câlins et les bisous, dont les perles noires des yeux brillaient de mille éclats au soleil. Il lui manquait tellement et il était si triste, qu’il embêtait tous ceux et celles qui croisaient sa route. Il ne voulait pas qu’on le voit pleurer, alors à la place il se mettait en colère. Surtout contre les gens heureux. Miko était un peu jaloux des gens heureux, mais surtout, Miko était triste. Personne n’y faisait vraiment attention. Personne ne s’inquiétait. Sans faire un bruit, il partit en expédition dans la forêt avec son manteau, sa gourde et une banane, à la recherche de son lapin. Après des heures à tourner en rond et le ventre bien rempli, à chercher dans les buissons, dans les arbres, dans les terriers et même dans les trous de souris, il finit par arriver dans un petit recoin de la forêt où des lampions chassaient les ombres. Lorsqu’il passa la tête entre deux feuillages, il aperçut une incroyable ronde : des dizaines de doudous assis autour d’un feu, chantant et dansant. Il y avait le lapin de Miko, mais aussi l’ours de Grut, la souris d’Anna, la poupée de Juana et plein d’autres qu’il ne connaissait pas. En l’entendant hoqueter de surprise, le doudou de Miko se retourna et dit « Ne t’inquiète pas, je vais bien. Je suis avec mes ami·es maintenant ! Tu es grand et toi aussi tu peux avoir des ami·es. » Miko était très surpris ! Certes, un doudou qui parle, c’est bizarre, mais des ami·es, lui ? Ça n’est pas toujours facile d’avoir des ami·es. Parfois les papas et les mamans n’expliquent pas bien comment en avoir. Miko salua les doudous et rentra chez lui un peu triste de revenir seul, mais en même temps rassuré. Son doudou allait bien. Et il était heureux. Et il était grand maintenant. Et il voulait des ami·es. Des gens qui l’aiment, et des gens qu’il aime. À partir de ce moment-là, Miko devint beaucoup plus gentil avec ses camarades de l’école. Et tout le monde souriait jusque dans leur cœur. »&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Mani ne dormait pas. Elle écoutait. Elle réfléchissait.&#xA;&#xA;    « Tu as des ami·es toi papa ?&#xA;    — Non. Papi ne m’a pas vraiment expliqué comment avoir des ami·es.&#xA;    — Moi j’ai des ami·es. Pourquoi le papa de Miko il le console pas ?&#xA;    — Je ne sais pas, les papas ne sont pas toujours gentils tu sais.&#xA;    — Toi tu es gentil papa.&#xA;    — Merci ma chérie.&#xA;    — Fais de beaux rêves, je t’aime.&#xA;    — Je t’aime ma chérie. »&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Un jour de plus. « À quoi bon, murmura Oslo une nouvelle fois, à quoi bon ? »]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<hr>

<p>⚠️ <em>Ce texte contient de nombreuses références implicites et explicites à des actes de violences, notamment sexuelles, sur un jeune enfant</em> ⚠️</p>

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<p>« C&#39;est l&#39;histoire d&#39;un petit enfant qui se balade dans la forêt à la recherche de son doudou. » Mani écoutait attentivement. Assise dans son lit, elle adorait les histoires de son père qu&#39;il inventait chaque soir sur le moment. Habillée d&#39;un simple pyjama, elle concentrait son regard sur l&#39;espace vide de la pièce comme pour ne pas perturber le seul sens vraiment utile. Le regard de celle qui écoute. Son père levait les yeux au ciel en recherche d’inspiration. La suite de l’histoire, il la connaissait, mais c’est autre chose qu’il voulait raconter. Un petit enfant à la recherche d’un doudou, que peut-il bien lui arriver ? Des intrusions traumatiques polluaient sa créativité et l’amenaient sur des terrains glissants, morbides et suicidaires. Il finissait toujours par trouver une suite. Un petit ajustement qui changeait le passé et rendait la vie plus belle. Moins réelle peut-être, aussi. Mani ne savait pas tout ça ; elle ne voyait que son père, le nez en l’air, à la recherche d’une millième histoire originale. Elle ne savait pas qu’il luttait chaque seconde pour rester en vie.</p>

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<p>C’était un homme tout à fait banal de l’extérieur. Aimable, serviable, toujours prêt à laisser sa place, joyeux, motivé, doué et combatif. Un type bien. Il se leva péniblement à 6h45, réveilla sa fille d’un chuchotement à l’oreille et d’un baiser sur la joue. Il prépara son repas du midi qu’elle devrait avaler en vitesse à l’école : deux petits sandwichs avec trois tranches de concombres, une tranche de tomate et deux morceaux de fromage, un peu d’eau et une banane. Après quelques minutes, Mani arriva enfin dans la cuisine pour déguster religieusement son petit déjeuner en compagnie de son père. Un peu de lait et des biscuits. Iels discutèrent de tout et de rien, de la vie, des belles choses comme des mauvaises, des rêves et des cauchemars. Rassasié·es, Mani traîna des pieds jusqu&#39;à sa chambre pour s’habiller, laissant à son père le temps de préparer ses affaires : son ordinateur, son téléphone, et ses clefs. Un type banal, pour une vie banale.</p>

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<p>Mani aimait bien l’école. Son père l’y déposa en vélo à 8h15 précisément, comme chaque matin. Il salua l’institutrice qui répondit d’un sourire, vite interrompu par une bande de bambins de quatre à six ans à la recherche d’attention. C’était un endroit calme, où les enfants s’aimaient et jouaient ensemble. Mani pouvait vaquer à ses occupations sans contraintes, sans jugements ni reproches. Elle y allait de bon cœur. Elle était heureuse. Oui, Mani aimait bien l’école.</p>

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<p>Quelques kilomètres plus tard, son père arriva enfin devant l’imposant bâtiment de verre et de béton où il attacha son vélo pour la journée. Il était 9h00. Il ouvra la porte coulissante d’un geste rapide, salua la réception et grimpa trois étages pour s’installer à son bureau. D’autres collègues arrivèrent quelques minutes plus tard, riant aux éclats, sûrement. Malgré le travail pénible et répétitif, la journée passa vite. Le repas ou les pauses café étaient des moments de repos appréciés, riches d’échanges avec des collègues, que d’aucuns pourraient considérer comme des ami·es. Peut-être. Iels discutaient, iels riaient. Iels étaient heureux·ses. C’était une bonne chose.</p>

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<p>17h00. Mani terminait l’école peu après le déjeuner, mais elle rejoignait un autre établissement pour jouer encore un peu avec ses ami·es jusqu’en fin de journée. Ce jour-là, son père arriva en sueur, épuisé par la route parcourue beaucoup trop vite pour que le vélo reste un moyen de transport sûr. Juste avant la fermeture, il récupéra sa fille et rentra doucement à la maison.</p>

<p>    « Comment s’est passée ta journée ma chérie ?
    — Je veux pas te dire.
    — Oh. Il y a un problème ?
    — Non, mais j’aime pas Miko. Il est embêtant c’est un garçon.
    — Qu’est-ce qu’il fait d’embêtant ?
    — Il me tape. Les garçons tapent tout le temps. »</p>

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<p>La maison était bien rangée, propre et sans âme. Mani n’aimait pas les maisons mortes, alors comme chaque soir, elle courut dans sa chambre pour sortir tout ce que ses bras menus pouvaient porter. Elle jeta tout dans le salon et couvrit le sol de pièces en bois, en plastique et en tissu. La maison prenait des couleurs partout où elle allait, et même si son père préférait pouvoir circuler sans encombre, il se ravissait du tableau coloré que le chaos de sa fille générait.</p>

<p>    « Tu ne voudrais pas me parler un peu de Miko ma chérie ?
    — Je t’ai dit non.
    — Tu veux que j’en parle avec l’institutrice ?
    — Si tu veux. »</p>

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<p>Après le repas, Mani profita du temps qu&#39;elle avait pour jouer avec son père, avant de se préparer pour aller se coucher. Iels ne passaient pas beaucoup de temps ensemble. Quatre heures par jour tout au plus, en comptant le trajet en vélo, c’est peu.</p>

<p>    « Donc je dis quoi à ton institutrice ? T’es d’accord pour que je lui dise que Miko n’est pas gentil et qu’il te tape ?
    — Le problème c’est pas Miko c’est les garçons papa.
    — D’accord. Je vais lui dire ça. Et à moi est-ce que tu peux me dire ce qu’ils font les garçons ?
    — Ils tapent, mais j’ai pas envie de t’en parler papa.
    — D&#39;accord. Tu sais quand on a un problème, la meilleure chose à faire c’est d’en parler, à moi ou à quelqu’un d’autre. Mais c’est important de prendre son temps. Quand tu seras prête.
    — Et toi papa ? Quand tu as des problèmes tu m’en parles ? »</p>

<p>Bien sûr que non, pensa-t-il, avant de poursuivre :</p>

<p>    « Oui, je te dis tout ma chérie.
    — Tu me racontes une histoire papa ?
    — Bien sûr. »</p>

<hr>

<p>« C&#39;est l&#39;histoire d&#39;un petit enfant qui se balade dans la forêt à la recherche de son doudou. Oslo, c’est son nom, l’avait perdu un peu plus tôt dans la journée. Un joli lapin, usé par le temps et les intempéries, dont les perles noires des yeux avaient été remplacées par un bouton de chemise bleu d’un côté, et une simple croix d’une chute de fil rose de l’autre. Il savait où il se trouvait parce que toutes les semaines, son doudou filait à toute allure comme le bonhomme en pain d’épice de la chanson et se cachait dans la forêt. Alors il sortit sans un bruit de la maison, ouvrit délicatement la porte pour que son père ne l’entende pas, et partit entre les arbres. Il chercha, il chercha, et là ! Il est là ! Le doudou ! Quel petit coquin ce doudou. Heureusement qu’il l’a trouvé, il va bientôt pleuvoir. Il courut le chercher, le prit dans ses bras et lui fit un gros câlin. Lorsqu’il se retourna, il vit son père, droit debout, aux yeux profonds et aux sourcils cassés. Il le prit par le bras, fort, si fort qu’il tomba par terre. Mais Oslo tenait le doudou, il le tenait serré, serré contre lui, contre son cœur. Il le protégerait, oui il le protégerait. Oslo tentait de se remettre sur ses pieds pour pouvoir marcher et alléger la douleur sur son bras, mais son père était trop rapide, trop fort et trop violent. Il le ramena à la maison, en colère, et le jeta dans son lit. Feignant de se contenir, faussement dépassé par les évènements, dans un déchaînement fataliste, il lui dit : « Je t’ai déjà dit de ne pas partir tout seul ! Tu n’as pas le droit de partir tout seul ! Saloperie de môme ! ». Oslo pleurait. Il implorait « Papa s’il te plaît, ne fais pas mal à mon doudou papa ». La poigne sur son bras lui brulait la peau jusqu’à l’os. Il sentait la tension se propager jusqu’au coude, et craignait qu’un jour il ne casse. Il sentait son père le frapper, le toucher et le déshabiller. Il était nu. La violence devint inaudible. Invisible. Indicible. Il pensa à son coude qui le brulait, à son doudou qui pleurait, à ces adultes qui ne savaient pas et à ces adultes qui savaient. Il serra son doudou, bien fort contre sa peau en lui murmurant que tout ça serait bientôt fini. »</p>

<hr>

<p>Oslo luttait. Il se disait que sa fille n’était pas prête, mais sans doute savait-il qu’il ne l’était pas non plus. « Non ma fille, balbutia-t-il à son esprit traumatisé, je ne te dirai pas tout ». À voix haute, il entama une nouvelle fois la réécriture de sa vie, bercé dans un voile invisible de déni volontaire : « Miko, c’est son nom, avait perdu son doudou un peu plus tôt dans la journée. Un joli lapin, un peu usé par les câlins et les bisous, dont les perles noires des yeux brillaient de mille éclats au soleil. Il lui manquait tellement et il était si triste, qu’il embêtait tous ceux et celles qui croisaient sa route. Il ne voulait pas qu’on le voit pleurer, alors à la place il se mettait en colère. Surtout contre les gens heureux. Miko était un peu jaloux des gens heureux, mais surtout, Miko était triste. Personne n’y faisait vraiment attention. Personne ne s’inquiétait. Sans faire un bruit, il partit en expédition dans la forêt avec son manteau, sa gourde et une banane, à la recherche de son lapin. Après des heures à tourner en rond et le ventre bien rempli, à chercher dans les buissons, dans les arbres, dans les terriers et même dans les trous de souris, il finit par arriver dans un petit recoin de la forêt où des lampions chassaient les ombres. Lorsqu’il passa la tête entre deux feuillages, il aperçut une incroyable ronde : des dizaines de doudous assis autour d’un feu, chantant et dansant. Il y avait le lapin de Miko, mais aussi l’ours de Grut, la souris d’Anna, la poupée de Juana et plein d’autres qu’il ne connaissait pas. En l’entendant hoqueter de surprise, le doudou de Miko se retourna et dit « Ne t’inquiète pas, je vais bien. Je suis avec mes ami·es maintenant ! Tu es grand et toi aussi tu peux avoir des ami·es. » Miko était très surpris ! Certes, un doudou qui parle, c’est bizarre, mais des ami·es, lui ? Ça n’est pas toujours facile d’avoir des ami·es. Parfois les papas et les mamans n’expliquent pas bien comment en avoir. Miko salua les doudous et rentra chez lui un peu triste de revenir seul, mais en même temps rassuré. Son doudou allait bien. Et il était heureux. Et il était grand maintenant. Et il voulait des ami·es. Des gens qui l’aiment, et des gens qu’il aime. À partir de ce moment-là, Miko devint beaucoup plus gentil avec ses camarades de l’école. Et tout le monde souriait jusque dans leur cœur. »</p>

<hr>

<p>Mani ne dormait pas. Elle écoutait. Elle réfléchissait.</p>

<p>    « Tu as des ami·es toi papa ?
    — Non. Papi ne m’a pas vraiment expliqué comment avoir des ami·es.
    — Moi j’ai des ami·es. Pourquoi le papa de Miko il le console pas ?
    — Je ne sais pas, les papas ne sont pas toujours gentils tu sais.
    — Toi tu es gentil papa.
    — Merci ma chérie.
    — Fais de beaux rêves, je t’aime.
    — Je t’aime ma chérie. »</p>

<hr>

<p>Un jour de plus. « À quoi bon, murmura Oslo une nouvelle fois, à quoi bon ? »</p>
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      <guid>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no9-le-doudou-doslo</guid>
      <pubDate>Tue, 28 Jul 2026 13:26:00 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Nº8 : Le printemps</title>
      <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no8-le-printemps</link>
      <description>&lt;![CDATA[L&#39;été,&#xA;Beau et pluvieux,&#xA;Comme un nouveau-né envoyé des cieux.&#xA;Je découvre le sein, la vie et l&#39;amour démesuré.&#xA;&#xA;L&#39;automne,&#xA;Doux, fruité comme&#xA;Mon verger inavoué ; garçon, somme&#xA;De la vie, des autres et des violences monotones.&#xA;&#xA;L&#39;hiver,&#xA;Mort, vide et sans dieux,&#xA;Brisant la coquille de milliers d&#39;œufs,&#xA;Dans lesquels, traumatisées, dorment l&#39;ivresse et la colère.&#xA;&#xA;Le printemps,&#xA;Le sang et le sein,&#xA;Enfin, sans voile, sans masque, sans rien !&#xA;L&#39;enfant est une fille, une femme, un mort rendu vivant.&#xA;&#xA;input type=&#34;hidden&#34; class=&#34;flag flag--trans&#34; /]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>L&#39;été,
Beau et pluvieux,
Comme un nouveau-né envoyé des cieux.
Je découvre le sein, la vie et l&#39;amour démesuré.</p>

<p>L&#39;automne,
Doux, fruité comme
Mon verger inavoué ; garçon, somme
De la vie, des autres et des violences monotones.</p>

<p>L&#39;hiver,
Mort, vide et sans dieux,
Brisant la coquille de milliers d&#39;œufs,
Dans lesquels, traumatisées, dorment l&#39;ivresse et la colère.</p>

<p>Le printemps,
Le sang et le sein,
Enfin, sans voile, sans masque, sans rien !
L&#39;enfant est une fille, une femme, un mort rendu vivant.</p>

<p><input type="hidden" class="flag flag--trans"/></p>
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      <guid>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no8-le-printemps</guid>
      <pubDate>Mon, 27 Jul 2026 13:22:22 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Nº7 : Non-binaire</title>
      <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no7-non-binaire</link>
      <description>&lt;![CDATA[div style=&#34;text-align: center&#34;&#xA;Soyons queers.hr/Soyons fièr·es.hr/Soyons libres.&#xA;/div&#xA;&#xA;input type=&#34;hidden&#34; class=&#34;flag flag--nb&#34; /]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: center">
Soyons queers.<hr/>Soyons fièr·es.<hr/>Soyons libres.
</div>

<p><input type="hidden" class="flag flag--nb"/></p>
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      <guid>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no7-non-binaire</guid>
      <pubDate>Sun, 26 Jul 2026 12:54:11 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Nº6 : La reine morte</title>
      <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no6-la-reine-morte</link>
      <description>&lt;![CDATA[Elle tombait, c&#39;est ce qu&#39;elle avait toujours voulu. Maintenant que tout était certain, le fatalisme la faisait douter. C&#39;était trop tard, le sol se rapprochait beaucoup trop vite. Elle n&#39;eut pas le loisir de finir sa pensée.&#xA;&#xA;Il était allongé dans une noirceur absolue qui l&#39;enveloppait comme un linceul. Son esprit tentait de se raccrocher à ce qu&#39;il connaissait : sa famille, ses amis, sa femme ou les cloches de l&#39;église au loin qui n&#39;arrivaient pourtant pas à rompre ce moment d&#39;intimité ultime, en vain. Il était seul. La solitude le tuait à petit feu, dégradant ses facultés mentales jusqu&#39;à ne laisser qu&#39;un tas de chaire morte et en décomposition.&#xA;&#xA;L&#39;animosité avait pris le dessus. Toutes les capacités cognitives étaient shuntées pour prendre une décision rapide et la plus optimale possible. Il avait compris. Tout allait trop vite pour agir. Il se sentit mourrir lorsque l&#39;explosif détonna sous ses pieds. Le temps s&#39;allongeait à l&#39;infinie. Sans douleur, il savait que ses jambes se réduisait, centimètre par centimètre, en une poudre carbonisée qui fera germer l&#39;avenir sur ce champ de bataille maudit. Son cœur ne battait plus, son sang ne circulait plus, et son cerveau disparu.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Ida se réveilla en sursaut observée par un petit homme chauve au sourire bienveillant qui lui faisait face. Une cicatrice lui barrait le cou.&#xA;« J’espère que tu n’as pas trop chaud.&#xA;— Où sommes nous ? » demanda-t-elle, ignorant sa remarque. Elle s&#39;était faite à l&#39;idée. Dans cette partie du monde, la femme d&#39;un homme lui appartenait, usus, fructus et abusus. Elle servait à porter ses enfants et prendre les coups à sa place. Elle le savait en l’épousant, mais n&#39;avait pas saisit toutes les implications à l&#39;époque. Bien que sa mère ait insisté des jours durant pour qu’elle reconsidère ce mariage, elle n’avait jamais pris la peine d’expliquer les enjeux liés à l’union sacrée. L’homme à la cicatrice avait proposer à son mari, un abruti condescendant ayant tout perdu aux jeux, d’emprunter sa femme pour payer sa dette. Il se croyait supérieur à elle, et bien que considéré comme tel, il était écrasé par sa vivacité d’esprit. Aujourd&#39;hui néanmoins, cette intelligence n’était d’aucune utilité. C’est elle qui était dans la caravane et c’est elle qui se dirigeait vers un bordel de la région. Les irrégularités de la route lui faisaient mal au dos.&#xA;« Encore trente bons kilomètres. On devrait arriver d&#39;ici deux heures. » Il dévoila une rangée de dents carnassières qui tranchait nettement avec le semblant de compassion dont il avait fait preuve jusque là.&#xA;« Tu devrais te rendormir, je ne suis pas sûr que tu fermes beaucoup les yeux à ton arrivée. Laisse toi aller, tu verras, résister c&#39;est souffrir. » Quelques instants plus tard, Ida rêvait. &#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;La souffrance psychologique dominait la douleur de la lame chauffée à blanc pénétrant son âme. Elle voulait que tout se termine. Alors que l&#39;horreur du monde se voilait dans une absence sensorielle, elle remercia dans un dernier souffle son bourreau de lui offrir sa rédemption.&#xA;&#xA;Il riait, il riait. Maintenant il mourrait. Il le savait, et sa mort était teinte d&#39;un sentiment de stupidité. Il se maudissait de terminer comme ça. Ses muscles pourrissaient de l&#39;intérieur. Il tomba et sentit son esprit s&#39;évaporer. L&#39;espoir de se réveiller à nouveau brillait, mais il le savait : en vain.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Elle reçue une claque. Le réveil était douloureux. Comme à chaque fois, le souvenir de ses rêves était très clair, si clair que son corps pleurait. Ida n&#39;avait jamais parlé de ses épisodes oniriques à quiconque.&#xA;« Réveille toi ! Le Gérant ne t&#39;attendra pas longtemps. »&#xA;Ida avait du mal à sortir de sa léthargie. La mort imprégnait encore son esprit embrumé, le retour à la réalité était difficile. Elle descendit de la caravane avec difficulté et se dirigea vers l&#39;entrée du bâtiment. Il était tôt et le soleil n’allait pas tarder à se lever. Elle aperçu un homme au comptoir. Elle reconnue le Gérant à son chapeau extravagant, jaune et rouge orné de fleurs fanées. Pendant les longues heures du trajet, le chauve l&#39;avait décrit sous toutes les coutures. Elle récita :&#xA;« Bonjour Gérant, je suis Ida, je viens rembourser ma dette.&#xA;— Bonjour ma puce, dit-il le sourire au lèvre. Va dans la chambre 4, un client t&#39;y attends.&#xA;— Oui Gérant. »&#xA;Malgré son sourire et son apparente gentillesse, le Gérant dominait Ida. Elle ne réalisa son emprise qu&#39;en reprenant ses esprits, la main sur la poignée. Elle ouvrit la porte.&#xA;« Et ben ! On m&#39;avait promis une belle salope, j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on ne m&#39;a pas déçu. »&#xA;Il fallu quelques secondes à Ida pour comprendre que le rustre mal lavé parlait d&#39;elle. C&#39;était son premier client, elle avait intérêt à faire bonne figure. Le fossé entre ce qu’elle voulait faire et ce qu’elle faisait était abyssal. À nouveau, elle récita :&#xA;« Je m&#39;appelle Ida, et je suis là pour vous servir.&#xA;— Ah mais c&#39;est qu&#39;elle a un nom en plus. » L’homme semblait s&#39;adresser à un ami imaginaire. « Fraîchement arrivée c’est ça ?&#xA;— Oui monsieur, je viens d&#39;arriver avec le convois de ...&#xA;— Oh mais c&#39;est qu&#39;elle parle beaucoup trop celle-là, s&#39;adressant une nouvelle fois à son ami imaginaire. Fous toi à poil, j&#39;ai pas le temps de bavarder ma jolie ! »&#xA;Ida s&#39;exécuta. Elle n&#39;avait pas le choix. Sans le savoir, sa décision avait été prise le jour de son mariage. Elle avait alors juré de servir son mari pour le meilleur et pour le pire. Le pire restait à venir se rassurait-elle, sans pourtant n&#39;avoir jamais vraiment connu le meilleur. Elle ôta ses chaussures, puis sa robe et se retrouva nue. L&#39;homme s&#39;approcha d&#39;elle en s&#39;humidifiant les lèvres. Il retira sa ceinture, la plia en deux et frappa la cuisse candide de la jeune ingénue. Du sang coula à l&#39;endroit où le métal avait frappé. Ida cria de surprise, plus que de douleur. C&#39;est ce qu&#39;ils voulaient tous non ? Du sang ? De la peur ? Un cri ? La blessure lui fit poser un genou à terre.&#xA;« Tu comprends vite ma jolie » dit-il en s&#39;avançant vers elle le sexe dressé.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Les impulsions allant de son corps à son esprit était interrompues. La mémoire barricadée. Il était sidéré. Seulement trois minutes s’étaient écoulées, mais son esprit s&#39;allongeait dans un espace-temps parallèle qui semblait s&#39;étirer à l&#39;infini. Il assistait à son propre viol depuis l’extérieur de son corps. Il ne pouvait rien faire, pas même se débattre. Cinq minutes. Une heure ? La détente était compressé, la balle fendait l&#39;air dans un silence morbide. Le crâne s’ouvrit lentement comme pour la laisser passer. Elle traversa le cerveau du lobe occipital au lobe frontal. Il la sentie ressortir alors que la monstrueuse créature éructait de plaisir. Tout ça n&#39;avait plus aucune importance.&#xA;&#xA;Elle mordue la chair du loup dans l’ultime espoir de le faire lâcher prise. Une déchirure l&#39;avait immobilisée deux jours sur une terre gelée. Elle se savait condamnée, mais abandonner n&#39;avait jamais été une option. La meute se rassembla autour du festin. C&#39;est alors qu&#39;elle compris la futilité de son combat. Elle relâcha ses muscles, mimant la mort dans un ultime acte instinctif et ancestral. Elle le savait, c&#39;était fini. Elle sentit les crocs de son prédateur pénétrer davantage sa chair. Puis d’autres. Puis plus rien.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Elle se réveilla seule. Le client était parti et avait laissé un généreux pourboire sur la table de chevet. Elle s&#39;était soumise à tous ses fantasmes, comme il le lui avait été imposé. Résister c&#39;est souffrir. Ses rêves la tuaient plusieurs fois par nuit dans des souffrances abominables. La dissociation de l&#39;esprit et du corps était l&#39;ultime résistance, l&#39;arme absolue pour lutter contre toutes souffrances. Tout le monde luttait contre la mort. Elle essuya ses larmes sous la douche crasseuse qui n’était propre que là où l’eau pouvait couler. Elle choisi des vêtements propres. Un deuxième client tourna la poignée.&#xA;&#xA;La Rêveuse était la plus prisée. Le bordel avait gagné en popularité grâce à elle. Le Gérant était très généreux. Ida n&#39;était arrivée que 5 ans plus tôt, et son style attirait hommes et femmes de la région. Après chaque client, elle sombrait dans un sommeil profond et sincère qui lui valu son surnom. Aujourd&#39;hui encore, elle devra travailler une demie-douzaine d&#39;heures. L&#39;édifice était situé sur un chemin très emprunté et le chiffre d&#39;affaire était surtout réalisé pendant la journée lorsque commerçants et curieux parcouraient la région. La Rêveuse venait de s&#39;endormir lorsque le client suivant entra. Elle n&#39;avait pas eu le temps de rêver, et hésita un instant à remercier son client pour ce cadeau.&#xA;« Bonjour ma reine.&#xA;Ida tiqua. Ce surnom, cette voix. Un passé douloureux qui s&#39;étendait jusqu&#39;au jour de son départ lui fit ouvrir les yeux. Elle tournait le dos à la porte, mais ne bougea pas. Elle était terrorisée. Après avoir assouvit le moindre fantasme du plus pervers des clients, elle ressentie avec ces seuls mots un condensa de douleurs et de manipulations psychologiques d&#39;une madeleine de Proust empoisonnée. Elle referma les yeux, espérant se réveiller après la mort du monstre qui avait une nouvelle fois pénétré son intimité.&#xA;Une main glissa sur le lit et sous les draps. Elle se rappela qu&#39;elle était nue et n&#39;avait pas eu le temps de se laver. Elle tiqua à nouveau à ces pensées, sentant que son esprit s&#39;éloignait de son corps. À mesure que l&#39;individu s&#39;approchait, ses sensations diminuaient, sa conscience l&#39;abandonnait comme toutes ses victimes oniriques sur le point de mourrir. Mais elle ne mourra pas. Résister c&#39;est souffrir, mais souffrir c&#39;est vivre. Et elle voulait vivre. Alors la Rêveuse se concentra sur chacun des mouvements du tortionnaire. Elle le sentait glisser ses doigts et son regard sur son dos, d&#39;un air dominateur comme le prédateur face à sa proie blessée. Il ne lui restait qu&#39;à mordre, elle était à lui. Il s&#39;approcha davantage et entrepris de la retourner. Il aimait voir son visage éteint lorsqu&#39;il la violait. Elle résista. Pendant une seconde, Ida se demandait s&#39;il était parti. Il n&#39;y avait aucun bruit dans la chambre et plus rien ne bougeait. Elle senti alors la lame froide courir sur ses hanches jusqu&#39;à ses bras. Il voulait lui faire mal. La punir d&#39;avoir voulu résister. Elle était pétrifiée et ne pouvait pas bouger lorsqu&#39;il la plaqua sur le ventre. Malgré tous ses efforts, elle sentie son esprit partir une nouvelle fois. Le couteau traversa sa main droite et l&#39;accrocha physiquement au lit. Son corps plongeait dans un vide infini, elle s&#39;efforça de le voir, de le sentir ou de l&#39;imaginer. Elle voulait qu&#39;il meurt. Elle vit son propre corps disparaître dans les ténèbres lorsque son mari l&#39;écrasa de tout son poids.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;Il le savait. Son corps tout entier le savait, mais une partie de lui même refusait d&#39;admettre l&#39;évidence. Le couteau avait transpercé sa chair humide en plein cœur. Il avait senti la pointe ouvrir la peau et les muscles avant de se glisser sous le cartilage du sternum et de traverser le ventricule droit de part en part. Le sang mal oxygéné continuait de pulser pendant quelques secondes. Il senti sa conscience se détacher de sa prison charnelle. Au loin il aperçu la Rêveuse. Elle le regardait avec la puissance de la louve brisant les cervicales de sa proie.&#xA;« Qui es-tu ? lui demanda-t-il.&#xA;— Je suis morte, dit-elle simplement. »&#xA;L&#39;ombre évanescente qui matérialisait son corps disparue complètement. Il n&#39;y avait plus rien.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Elle tombait, c&#39;est ce qu&#39;elle avait toujours voulu. Maintenant que tout était certain, le fatalisme la faisait douter. C&#39;était trop tard, le sol se rapprochait beaucoup trop vite. Elle n&#39;eut pas le loisir de finir sa pensée.</p>

<p>Il était allongé dans une noirceur absolue qui l&#39;enveloppait comme un linceul. Son esprit tentait de se raccrocher à ce qu&#39;il connaissait : sa famille, ses amis, sa femme ou les cloches de l&#39;église au loin qui n&#39;arrivaient pourtant pas à rompre ce moment d&#39;intimité ultime, en vain. Il était seul. La solitude le tuait à petit feu, dégradant ses facultés mentales jusqu&#39;à ne laisser qu&#39;un tas de chaire morte et en décomposition.</p>

<p>L&#39;animosité avait pris le dessus. Toutes les capacités cognitives étaient shuntées pour prendre une décision rapide et la plus optimale possible. Il avait compris. Tout allait trop vite pour agir. Il se sentit mourrir lorsque l&#39;explosif détonna sous ses pieds. Le temps s&#39;allongeait à l&#39;infinie. Sans douleur, il savait que ses jambes se réduisait, centimètre par centimètre, en une poudre carbonisée qui fera germer l&#39;avenir sur ce champ de bataille maudit. Son cœur ne battait plus, son sang ne circulait plus, et son cerveau disparu.</p>

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<p>Ida se réveilla en sursaut observée par un petit homme chauve au sourire bienveillant qui lui faisait face. Une cicatrice lui barrait le cou.
« J’espère que tu n’as pas trop chaud.
— Où sommes nous ? » demanda-t-elle, ignorant sa remarque. Elle s&#39;était faite à l&#39;idée. Dans cette partie du monde, la femme d&#39;un homme lui appartenait, usus, fructus et abusus. Elle servait à porter ses enfants et prendre les coups à sa place. Elle le savait en l’épousant, mais n&#39;avait pas saisit toutes les implications à l&#39;époque. Bien que sa mère ait insisté des jours durant pour qu’elle reconsidère ce mariage, elle n’avait jamais pris la peine d’expliquer les enjeux liés à l’union sacrée. L’homme à la cicatrice avait proposer à son mari, un abruti condescendant ayant tout perdu aux jeux, d’emprunter sa femme pour payer sa dette. Il se croyait supérieur à elle, et bien que considéré comme tel, il était écrasé par sa vivacité d’esprit. Aujourd&#39;hui néanmoins, cette intelligence n’était d’aucune utilité. C’est elle qui était dans la caravane et c’est elle qui se dirigeait vers un bordel de la région. Les irrégularités de la route lui faisaient mal au dos.
« Encore trente bons kilomètres. On devrait arriver d&#39;ici deux heures. » Il dévoila une rangée de dents carnassières qui tranchait nettement avec le semblant de compassion dont il avait fait preuve jusque là.
« Tu devrais te rendormir, je ne suis pas sûr que tu fermes beaucoup les yeux à ton arrivée. Laisse toi aller, tu verras, résister c&#39;est souffrir. » Quelques instants plus tard, Ida rêvait.</p>

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<p>La souffrance psychologique dominait la douleur de la lame chauffée à blanc pénétrant son âme. Elle voulait que tout se termine. Alors que l&#39;horreur du monde se voilait dans une absence sensorielle, elle remercia dans un dernier souffle son bourreau de lui offrir sa rédemption.</p>

<p>Il riait, il riait. Maintenant il mourrait. Il le savait, et sa mort était teinte d&#39;un sentiment de stupidité. Il se maudissait de terminer comme ça. Ses muscles pourrissaient de l&#39;intérieur. Il tomba et sentit son esprit s&#39;évaporer. L&#39;espoir de se réveiller à nouveau brillait, mais il le savait : en vain.</p>

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<p>Elle reçue une claque. Le réveil était douloureux. Comme à chaque fois, le souvenir de ses rêves était très clair, si clair que son corps pleurait. Ida n&#39;avait jamais parlé de ses épisodes oniriques à quiconque.
« Réveille toi ! Le Gérant ne t&#39;attendra pas longtemps. »
Ida avait du mal à sortir de sa léthargie. La mort imprégnait encore son esprit embrumé, le retour à la réalité était difficile. Elle descendit de la caravane avec difficulté et se dirigea vers l&#39;entrée du bâtiment. Il était tôt et le soleil n’allait pas tarder à se lever. Elle aperçu un homme au comptoir. Elle reconnue le Gérant à son chapeau extravagant, jaune et rouge orné de fleurs fanées. Pendant les longues heures du trajet, le chauve l&#39;avait décrit sous toutes les coutures. Elle récita :
« Bonjour Gérant, je suis Ida, je viens rembourser ma dette.
— Bonjour ma puce, dit-il le sourire au lèvre. Va dans la chambre 4, un client t&#39;y attends.
— Oui Gérant. »
Malgré son sourire et son apparente gentillesse, le Gérant dominait Ida. Elle ne réalisa son emprise qu&#39;en reprenant ses esprits, la main sur la poignée. Elle ouvrit la porte.
« Et ben ! On m&#39;avait promis une belle salope, j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on ne m&#39;a pas déçu. »
Il fallu quelques secondes à Ida pour comprendre que le rustre mal lavé parlait d&#39;elle. C&#39;était son premier client, elle avait intérêt à faire bonne figure. Le fossé entre ce qu’elle voulait faire et ce qu’elle faisait était abyssal. À nouveau, elle récita :
« Je m&#39;appelle Ida, et je suis là pour vous servir.
— Ah mais c&#39;est qu&#39;elle a un nom en plus. » L’homme semblait s&#39;adresser à un ami imaginaire. « Fraîchement arrivée c’est ça ?
— Oui monsieur, je viens d&#39;arriver avec le convois de ...
— Oh mais c&#39;est qu&#39;elle parle beaucoup trop celle-là, s&#39;adressant une nouvelle fois à son ami imaginaire. Fous toi à poil, j&#39;ai pas le temps de bavarder ma jolie ! »
Ida s&#39;exécuta. Elle n&#39;avait pas le choix. Sans le savoir, sa décision avait été prise le jour de son mariage. Elle avait alors juré de servir son mari pour le meilleur et pour le pire. Le pire restait à venir se rassurait-elle, sans pourtant n&#39;avoir jamais vraiment connu le meilleur. Elle ôta ses chaussures, puis sa robe et se retrouva nue. L&#39;homme s&#39;approcha d&#39;elle en s&#39;humidifiant les lèvres. Il retira sa ceinture, la plia en deux et frappa la cuisse candide de la jeune ingénue. Du sang coula à l&#39;endroit où le métal avait frappé. Ida cria de surprise, plus que de douleur. C&#39;est ce qu&#39;ils voulaient tous non ? Du sang ? De la peur ? Un cri ? La blessure lui fit poser un genou à terre.
« Tu comprends vite ma jolie » dit-il en s&#39;avançant vers elle le sexe dressé.</p>

<hr>

<p>Les impulsions allant de son corps à son esprit était interrompues. La mémoire barricadée. Il était sidéré. Seulement trois minutes s’étaient écoulées, mais son esprit s&#39;allongeait dans un espace-temps parallèle qui semblait s&#39;étirer à l&#39;infini. Il assistait à son propre viol depuis l’extérieur de son corps. Il ne pouvait rien faire, pas même se débattre. Cinq minutes. Une heure ? La détente était compressé, la balle fendait l&#39;air dans un silence morbide. Le crâne s’ouvrit lentement comme pour la laisser passer. Elle traversa le cerveau du lobe occipital au lobe frontal. Il la sentie ressortir alors que la monstrueuse créature éructait de plaisir. Tout ça n&#39;avait plus aucune importance.</p>

<p>Elle mordue la chair du loup dans l’ultime espoir de le faire lâcher prise. Une déchirure l&#39;avait immobilisée deux jours sur une terre gelée. Elle se savait condamnée, mais abandonner n&#39;avait jamais été une option. La meute se rassembla autour du festin. C&#39;est alors qu&#39;elle compris la futilité de son combat. Elle relâcha ses muscles, mimant la mort dans un ultime acte instinctif et ancestral. Elle le savait, c&#39;était fini. Elle sentit les crocs de son prédateur pénétrer davantage sa chair. Puis d’autres. Puis plus rien.</p>

<hr>

<p>Elle se réveilla seule. Le client était parti et avait laissé un généreux pourboire sur la table de chevet. Elle s&#39;était soumise à tous ses fantasmes, comme il le lui avait été imposé. Résister c&#39;est souffrir. Ses rêves la tuaient plusieurs fois par nuit dans des souffrances abominables. La dissociation de l&#39;esprit et du corps était l&#39;ultime résistance, l&#39;arme absolue pour lutter contre toutes souffrances. Tout le monde luttait contre la mort. Elle essuya ses larmes sous la douche crasseuse qui n’était propre que là où l’eau pouvait couler. Elle choisi des vêtements propres. Un deuxième client tourna la poignée.</p>

<p>La Rêveuse était la plus prisée. Le bordel avait gagné en popularité grâce à elle. Le Gérant était très généreux. Ida n&#39;était arrivée que 5 ans plus tôt, et son style attirait hommes et femmes de la région. Après chaque client, elle sombrait dans un sommeil profond et sincère qui lui valu son surnom. Aujourd&#39;hui encore, elle devra travailler une demie-douzaine d&#39;heures. L&#39;édifice était situé sur un chemin très emprunté et le chiffre d&#39;affaire était surtout réalisé pendant la journée lorsque commerçants et curieux parcouraient la région. La Rêveuse venait de s&#39;endormir lorsque le client suivant entra. Elle n&#39;avait pas eu le temps de rêver, et hésita un instant à remercier son client pour ce cadeau.
« Bonjour ma reine.
Ida tiqua. Ce surnom, cette voix. Un passé douloureux qui s&#39;étendait jusqu&#39;au jour de son départ lui fit ouvrir les yeux. Elle tournait le dos à la porte, mais ne bougea pas. Elle était terrorisée. Après avoir assouvit le moindre fantasme du plus pervers des clients, elle ressentie avec ces seuls mots un condensa de douleurs et de manipulations psychologiques d&#39;une madeleine de Proust empoisonnée. Elle referma les yeux, espérant se réveiller après la mort du monstre qui avait une nouvelle fois pénétré son intimité.
Une main glissa sur le lit et sous les draps. Elle se rappela qu&#39;elle était nue et n&#39;avait pas eu le temps de se laver. Elle tiqua à nouveau à ces pensées, sentant que son esprit s&#39;éloignait de son corps. À mesure que l&#39;individu s&#39;approchait, ses sensations diminuaient, sa conscience l&#39;abandonnait comme toutes ses victimes oniriques sur le point de mourrir. Mais elle ne mourra pas. Résister c&#39;est souffrir, mais souffrir c&#39;est vivre. Et elle voulait vivre. Alors la Rêveuse se concentra sur chacun des mouvements du tortionnaire. Elle le sentait glisser ses doigts et son regard sur son dos, d&#39;un air dominateur comme le prédateur face à sa proie blessée. Il ne lui restait qu&#39;à mordre, elle était à lui. Il s&#39;approcha davantage et entrepris de la retourner. Il aimait voir son visage éteint lorsqu&#39;il la violait. Elle résista. Pendant une seconde, Ida se demandait s&#39;il était parti. Il n&#39;y avait aucun bruit dans la chambre et plus rien ne bougeait. Elle senti alors la lame froide courir sur ses hanches jusqu&#39;à ses bras. Il voulait lui faire mal. La punir d&#39;avoir voulu résister. Elle était pétrifiée et ne pouvait pas bouger lorsqu&#39;il la plaqua sur le ventre. Malgré tous ses efforts, elle sentie son esprit partir une nouvelle fois. Le couteau traversa sa main droite et l&#39;accrocha physiquement au lit. Son corps plongeait dans un vide infini, elle s&#39;efforça de le voir, de le sentir ou de l&#39;imaginer. Elle voulait qu&#39;il meurt. Elle vit son propre corps disparaître dans les ténèbres lorsque son mari l&#39;écrasa de tout son poids.</p>

<hr>

<p>Il le savait. Son corps tout entier le savait, mais une partie de lui même refusait d&#39;admettre l&#39;évidence. Le couteau avait transpercé sa chair humide en plein cœur. Il avait senti la pointe ouvrir la peau et les muscles avant de se glisser sous le cartilage du sternum et de traverser le ventricule droit de part en part. Le sang mal oxygéné continuait de pulser pendant quelques secondes. Il senti sa conscience se détacher de sa prison charnelle. Au loin il aperçu la Rêveuse. Elle le regardait avec la puissance de la louve brisant les cervicales de sa proie.
« Qui es-tu ? lui demanda-t-il.
— Je suis morte, dit-elle simplement. »
L&#39;ombre évanescente qui matérialisait son corps disparue complètement. Il n&#39;y avait plus rien.</p>
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      <guid>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no6-la-reine-morte</guid>
      <pubDate>Sat, 25 Jul 2026 12:13:36 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Nº5 : Madone</title>
      <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no5-madone</link>
      <description>&lt;![CDATA[Non, non, non ! Et pourtant.&#xA;Elle est là, la madone.&#xA;Avec tous ses stylos blancs,&#xA;Elle dessine sur l&#39;automne.&#xA;&#xA;Non, non, non ! C&#39;est usant.&#xA;Mais que sais-tu, madone ?&#xA;Chut ! Elle n&#39;a que 12 ans.&#xA;Profite, explore, et donne.&#xA;&#xA;Non ! Non ! Non ! C&#39;est tuant.&#xA;Tu n&#39;as pas grandi, madone.&#xA;Tu rampes, tu ris, madone.&#xA;Elle sourit, oui, elle ment.&#xA;Le glas sonne.&#xA;Le glas sonne.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Non, non, non ! Et pourtant.
Elle est là, la madone.
Avec tous ses stylos blancs,
Elle dessine sur l&#39;automne.</p>

<p>Non, non, non ! C&#39;est usant.
Mais que sais-tu, madone ?
Chut ! Elle n&#39;a que 12 ans.
Profite, explore, et donne.</p>

<p>Non ! Non ! Non ! C&#39;est tuant.
Tu n&#39;as pas grandi, madone.
Tu rampes, tu ris, madone.
Elle sourit, oui, elle ment.
Le glas sonne.
Le glas sonne.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no5-madone</guid>
      <pubDate>Fri, 24 Jul 2026 13:18:28 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Nº4 : Puissant</title>
      <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no4-puissant</link>
      <description>&lt;![CDATA[J&#39;ai trouvé un puits&#xA;noyé sous les lauriers,&#xA;d&#39;où surgit la vérité,&#xA;recrachée dans la nuit.&#xA;&#xA;Je m&#39;approche et me dis&#xA;que devant cette ingénue,&#xA;j&#39;étais de loin le plus nu,&#xA;jaloux, et rongé par l&#39;envie.&#xA;&#xA;« Puis-je y entrer maintenant ?&#xA;— Bien-sûr, dit-elle sans parler,&#xA;mais d&#39;abord, il faut m&#39;écouter.&#xA;— Je saute. Je n&#39;ai pas le temps. »&#xA;&#xA;L&#39;ombre, le silence, la confusion.&#xA;L&#39;idiot regret succède à l&#39;envie :&#xA;comment Alètheia est-elle sortie ?&#xA;Je tombe dans un puits sans fond.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>J&#39;ai trouvé un puits
noyé sous les lauriers,
d&#39;où surgit la vérité,
recrachée dans la nuit.</p>

<p>Je m&#39;approche et me dis
que devant cette ingénue,
j&#39;étais de loin le plus nu,
jaloux, et rongé par l&#39;envie.</p>

<p>« Puis-je y entrer maintenant ?
— Bien-sûr, dit-elle sans parler,
mais d&#39;abord, il faut m&#39;écouter.
— Je saute. Je n&#39;ai pas le temps. »</p>

<p>L&#39;ombre, le silence, la confusion.
L&#39;idiot regret succède à l&#39;envie :
comment Alètheia est-elle sortie ?
Je tombe dans un puits sans fond.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no4-puissant</guid>
      <pubDate>Thu, 23 Jul 2026 12:17:46 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Nº3 : L&#39;araignée</title>
      <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no3-laraignee</link>
      <description>&lt;![CDATA[« Je m’essaie à la poésie, à l’écriture, aux arts, enfin à toutes ces choses de l’esprit offrant, sans rien d’autre que mon corps et mon amour infini, une échappatoire à la vie véreuse, subie, faite de mort, comme le bourreau souriant à la destruction qu’il engendre à chaque seconde et en chaque espace. Un dieu cruel, omniscient et omnipotent, au regard de notre petitesse, isolé·es que nous sommes les un·es des autres, de nos voisin·es, de nos ami·es, de nos semblables ; n’est-il pas lui-même seul ? Main dans la main, nous résistons aux vents et aux armes ; il nous regarde, fier qu’il est de s’imaginer architecte et bienfaiteur, suçant nos vies comme nous léchons et portons ses pattes décorées d’esses envenimées. Notre solidarité nourrit l’araignée qui nous dévore. »&#xA;&#xA;Le silence retomba. Le regard noir de Lise pénétrait l’obscurité de la forêt bien plus que la lumière du soleil. Un enfant posa une question sans que personne n’écoute ni ne réponde. Les gorges sèches ne faisaient aucun bruit. Lise rejoignit ses camarades, entraînant quelques feuilles d’automne dans le frottement de sa robe. Derrière elle, le vide, le silence, la mort, et cet homme nu pendu par le cou au chêne qui l’avait vu naître.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>« Je m’essaie à la poésie, à l’écriture, aux arts, enfin à toutes ces choses de l’esprit offrant, sans rien d’autre que mon corps et mon amour infini, une échappatoire à la vie véreuse, subie, faite de mort, comme le bourreau souriant à la destruction qu’il engendre à chaque seconde et en chaque espace. Un dieu cruel, omniscient et omnipotent, au regard de notre petitesse, isolé·es que nous sommes les un·es des autres, de nos voisin·es, de nos ami·es, de nos semblables ; n’est-il pas lui-même seul ? Main dans la main, nous résistons aux vents et aux armes ; il nous regarde, fier qu’il est de s’imaginer architecte et bienfaiteur, suçant nos vies comme nous léchons et portons ses pattes décorées d’esses envenimées. Notre solidarité nourrit l’araignée qui nous dévore. »</p>

<p>Le silence retomba. Le regard noir de Lise pénétrait l’obscurité de la forêt bien plus que la lumière du soleil. Un enfant posa une question sans que personne n’écoute ni ne réponde. Les gorges sèches ne faisaient aucun bruit. Lise rejoignit ses camarades, entraînant quelques feuilles d’automne dans le frottement de sa robe. Derrière elle, le vide, le silence, la mort, et cet homme nu pendu par le cou au chêne qui l’avait vu naître.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no3-laraignee</guid>
      <pubDate>Wed, 22 Jul 2026 12:10:00 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Nº2 : L&#39;heure du goûter</title>
      <link>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no2-lheure-du-gouter</link>
      <description>&lt;![CDATA[Attrapé, coule le nectar divin.&#xA;Elle s&#39;en délecte, soir et matin.&#xA;C&#39;est sûr, c&#39;est l&#39;heure du goûter,&#xA;de nuit comme de jour, à satiété.&#xA;&#xA;Des bisous, des câlins et un dessin.&#xA;L&#39;aînée attend le moment opportun&#xA;Pour réclamer, elle aussi, à manger.&#xA;Il est quinze heure, elle patiente, résignée.&#xA;&#xA;Attendre, attendre, attendre, comment l&#39;expliquer&#xA;Quand l&#39;horloge n&#39;existe pas pour les bébés ?]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Attrapé, coule le nectar divin.
Elle s&#39;en délecte, soir et matin.
C&#39;est sûr, c&#39;est l&#39;heure du goûter,
de nuit comme de jour, à satiété.</p>

<p>Des bisous, des câlins et un dessin.
L&#39;aînée attend le moment opportun
Pour réclamer, elle aussi, à manger.
Il est quinze heure, elle patiente, résignée.</p>

<p>Attendre, attendre, attendre, comment l&#39;expliquer
Quand l&#39;horloge n&#39;existe pas pour les bébés ?</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://write.distorstase.fr/zonder-zon/no2-lheure-du-gouter</guid>
      <pubDate>Tue, 21 Jul 2026 13:42:53 +0000</pubDate>
    </item>
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